La fiction est un monde parallèle - quand la tuerie de Chevaline et un roman présentent quelques similitudes

Publié le 9 Novembre 2012

Je suis en train de lire un roman qui paraitrait surréaliste à la plupart d’entre nous.

Pourtant, on part sur des bases correspondantes à un contexte auquel nous assistons, fut-ce de très loin : la guerre en Irak, du point de vue des occidentaux.

Il y a un journaliste, une jolie fille, quelques mercenaires, des attentats… Le schéma pourrait donc être simple. Heureusement, il ne l’est pas.

Le journaliste n’est pas reporter de guerre. Il est en véritable immersion dans la société irakienne, parle couramment l’arabe et pourrait être reconnu comme un enfant du pays. Ce qui l’attire, comme mystère, c’est le fait que plusieurs banques, en peu de temps, se soient fait subtilisées de l’argent, pour une somme totale qui se révèle au final astronomique.

Où va cet argent ? Qui commandite ces « transferts » ? Notre journaliste planche, mais à la page 350 sur 500 et des poussières (le point où j’en suis actuellement), il n’a pas encore vraiment trouvé, et se borne à suivre la piste d’un irakien qui s’est enfui bien loin et qu’on surnommait le « banquier de Saddam ».

La jolie femme qui se trouve sur le chemin du journaliste, et qui l’accompagne un bout de temps, c’est une financière chargée de réaliser un audit des finances irakiennes, pour tout mettre à plat.

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Pendant ce temps, à l’autre bout du monde, à Londres, il y a Elizabeth, mère d’un enfant et enceinte jusqu’aux dents, qui se ronge les sangs car son mari a disparu. Il n’y a aucun lien apparent entre ces deux histoires (d’ailleurs il y a une troisième histoire dans ce livre), mais au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte (car on est bien plus chanceux que le journaliste, on a plus d’infos à se mettre sous la dent) que le mari travaille dans la finance et s’est enfui après « avoir fait une énorme connerie » (c’est à dire qu’il est accusé par la police d’avoir subtilisé au moins 50 millions de dollars).

Le troisième récit dans le roman, qui s’imbrique évidemment dans l’histoire également, ne nous intéresse pas ici.

Car pour une fois, ce n’est pas la réalité qui a précédé la fiction, mais l’inverse.

En pleine lecture et depuis un certain moment (faut dire, le roman est en anglais, je prends mon temps), je me demande comment l’auteur a pu inventer tout ça, comment il a cru et fait en sorte que ce soit crédible. Il s’agit d’une machination hyper réglée, minutée, avec une distribution des rôles d’une histoire de super-espions à la James Bond (sans les accessoires). Ca ne peut pas arriver pour de vrai.

Puis je regarde la télé, et tombe sur les derniers éléments dans l’affaire de la Tuerie de Chevaline.

L’article du Monde qui retrace toutes les étapes de l’affaire mérite d’être lu dans son intégralité. Je vous mets juste ce passage coupé, qui fait penser, étrangement, à l’histoire que je suis en train de lire. Quant au roman lui-même, il méritera certainement un article (tout dépend si la fin me plait).

 

 

Quatre personnes ont été tuées, trois membres d'une famille britannique et un cycliste français. Ces crimes ont suscité une vive émotion en France et en Grande-Bretagne, au regard de leur violence et du mystère qui perdure sur leur cause.

 

Des liens potentiels entre les Al-Hilli et Saddam Hussein


Les services secrets allemands auraient transmis, à travers le Bureau de lutte antiterroriste de la gendarmerie, des éléments sur des liens entre la famille de Saad Al-Hilli et la fortune de Saddam Hussein, selon une source proche de l'enquête sur la tuerie de Chevaline.

Des tensions seraient nées de l'éviction du père de Saad Al-Hilli de la liste des bénéficiaires de fonds appartenant à l'ex-dictateur irakien.

Le conflit entre les frères Al-Hilli, évoqué dans l'enquête, aurait porté sur cet héritage et non sur le seul legs paternel. La justice suisse a découvert que Saad Al-Hilli possédait un compte sur lequel se trouvait un million d'euros, sans pour autant faire de lien entre cette somme et l'Irak, pays d'origine de la famille.

"L'idée d'un héritage caché de Saddam Hussein relève du pur fantasme, assure l'un de ses avocats français, Emmanuel Ludot. La seule piste qui aurait du sens, ce sont les fonds déposés par le régime irakien dans les banques suisses dans le cadre de l'affaire Pétrole contre nourriture." Interrogé par Le Monde, le procureur d'Annecy, Eric Maillaud, a répondu qu'il n'avait pas été "informé de l'arrivée de ce nouvel élément".

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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