La promesse de l'aube - Romain Gary tient apparemment les siennes

Publié le 15 Mars 2013

 

Romain Gary fait partie de ces auteurs que tout le monde connaît, mais que peu de personnes ont lu. Je fais partie des incultes en la matière, à tel point que j'ai envie, d'instinct, d'assimiler les écrits de Romain Gary à ceux de Boris Vian... hum hum.

Ici, c’est Pierre Niocel qui nous présente La Promesse de l’aube, avec une critique alléchante.

 

«LA PROMESSE DE L’AUBE », ENTRE NARRATION ET RÉFLEXION

J’avais fait l’acquisition de « La promesse de l’aube » afin de tuer les longues heures de Corail séparant l’Auvergne de Paris. En tout et pour tout, je n’en avais entendu parler qu’une fois, lors d’une brève discussion à la table d’un banquet quelques jours auparavant. Seule la curiosité avait alors guidé mon geste, et je ne me doutais guère trouver dans cet ouvrage matière à rédiger un article quelconque. Les lignes qui suivent devaient pourtant démontrer le contraire.

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« Heureux qui comme Ulysse a fait un bon voyage », écrivait Du Bellay. Heureux, tels doivent l’être celles et ceux qui, jetant un regard rétrospectif à leur existence, peuvent s’estimer arrivés à une quelconque destination naguère enfouie dans leurs rêves d’enfance ou dans les méandres de leur vie.

C’est sans doute ce qu’a pensé Romain Kacew, dit Gary, en couchant sur papier les premières lignes de « La promesse de l’aube ». Pour autant, ce n’est pas entièrement sa propre destinée qu’il avait accompli, mais davantage celle que sa mère avait choisi pour lui. Petite-bourgeoise de Vilnius mais francophile invétérée, celle-ci n’avait eu de cesse de lui promettre un destin d’ambassadeur de France, destin qui devait se révéler l’aboutissement d’une existence instable, jalonnée par des passages à Varsovie, Nice, Paris et les Forces françaises libres. La figure maternelle se fait sans cesse plus pesante à mesure que l’action se déroule, bien que son rôle soit de moins en moins direct. De l’intervention directe par le biais des multiples déménagements qui émaillent les jeunes années de Gary, elle se fait plus discrète à travers un rôle d’influence dont l’importance ne devient tangible qu’au cours des derniers paragraphes. Plus on progresse dans la lecture, plus les choses paraissent complexes. Ce n’est qu’à la fin de la Seconde guerre mondiale que les choses se dénouent. Que la vie de l’enfant polonais, du lycéen niçois, de l’étudiant parisien et du pilote de chasse ne font qu’une : celle du diplomate rêvé par sa mère.

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Au-delà d’une écriture impeccable, « La promesse de l’aube » constitue une lecture stimulante et émouvante. Romain Gary frappe juste, jusque dans les tréfonds de l’âme des lecteurs. Sans doute nombre d’entre eux ne manqueront pas, une fois arrivés à un certain stade de leur existence, de replacer leurs souvenirs les plus anciens dans la perspective plus large de leur vie. Plus dure à lire est la chute, en particulier pour celles et ceux qui, une fois arrivés au terme d’une quête, se rendraient compte que les instigateurs d’une telle épopée ne sont plus là pour s’en réjouir. C’est ainsi qu’en dépit de ses réalisations remarquables, Gary semble ne goûter que fort peu à la période qui suit l’accomplissement de sa quête inconsciente de carrière diplomatique, expédiant cette période d’un trait de plume qui semble dissimuler une certaine fadeur. Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet avec le suicide de l’auteur 20 ans après la parution de l’ouvrage. Parvenu à 31 ans au crépuscule de ce qui se révéla être l’aventure d’une vie, Gary n’aurait-il subitement plus rien attendu des aubes à venir ?

Quoi qu’il en soit, il apparaît difficile de refermer ce livre et d’en sortir indemne moralement indemne. Que l’on se reconnaisse ou non dans le personnage, on ne saurait guère faire l’économie, sitôt la dernière page lue, d’une profonde réflexion sur soi, le sens de l’existence, ou plus simplement la vie. Dans quelle mesure la subit-on ? Une vie réussie n’est-elle pas une vie parfaitement calquée sur ses déterminismes ? Notre vie nous appartient-elle ? Sommes-nous le fruit de nos propres actions ou de choses qui ne nous appartiennent pas ? Telles sont quelques-unes des questions existentielles que suscitera, éléments de réponses clés en main, la lecture de ce livre.

Enfin, il est usuel de dire que la vie est faite de rencontres, ce qui est sans doute en partie vrai. Mais « La promesse de l’aube » nous place justement devant une vie faite de non-rencontres, où Romain Gary maintient imperturbablement le cap vers des objectifs improbables, dont la « main invisible » maternelle concourt à la réalisation. Là encore, cela donnera matière à réflexion au lecteur quant au sens profond de l’existence.

Une lecture stimulante que l’on ne saurait trop recommander aux amateurs du genre – et plus généralement à quiconque s’interroge sur le sens de la vie.

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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