La rentrée des professeur des écoles - des chiffres, des mots, mais quelle réalité?

Publié le 11 Septembre 2012

 

 

 

« Apprendre aux gosses à lire et à écrire est une grande chose, c'est important, mais ce n'est pas suffisant. J'avais toujours eu de l'école, de son rôle, et de celui du maître une idée plus élevée. A mes yeux c'est à l'école communale que les enfants prennent la mesure du monde et de la société, après, quels que soient leur métier, leur orientation, c'est trop tard, le pli est pris. S'il est bon tant mieux, mais s'il est mauvais il n'y a rien à faire. »

 

Ce court extrait de Une Soupe aux herbes sauvages, d’Emilie Carles trouve un certain écho dans l’actualité. Cette femme pourrait être un modèle à suivre pour les tout nouveaux professeurs des écoles qui entament leur première ou énième rentrée scolaire. Sa diatribe contre Napoléon m’avait beaucoup marquée lorsque j’avais lu ce livre pour le collège. L’institutrice s’était emportée et rebellée contre l’idée d’enseigner l’histoire en faisant l’éloge de ce « grand homme » qui a rétabli l’esclavage et bâti un empire dans le sang (quelques grandes choses à son actif, certes, mais Emilie Carles jugeait l’homme et non le politicien) .

 

En ce mois de septembre, et pour la première rentrée du gouvernement actuel, c’est le branle-bas-le-combat. On reparle de morale, mais de morale « laïque » cette fois, on parle de postes de professeurs des écoles et de classes de primaires sauvées, de seuils de 25 élèves par classe en-dessous desquels on supprime la classe… Ce sont des mots et des chiffres qui s’accumulent, pour faire genre, pour montrer les progrès, les écueils, les perspectives. Et les écoles s’enferment dans une logique de statistiques pour tenter d’avoir des conditions de travail correctes.

Pendant ce temps-là, il y en a qui ne sont pas encore rentrés et qui connaitront leur classe d’ici la fin de la semaine seulement (soit 10 jours après la rentrée effective en primaire). Des chiffres, des mots, des questions, ils en ont plein dans la tête mais la réalité, c’est qu’ils espèrent et appréhendent de se retrouver face à une classe, sans y avoir été vraiment préparés.

Je vous invite à regarder l’émission du samedi 8 septembre, Envoyé Spécial la suite, qui a décidé de vérifier ce qui avait bougé depuis un an… Réponse ? Quelques poussières.

Et j’ai pu voir une copine, faisant partie des  bizutés 2012 de l’Education Nationale, filmée pendant la semaine de formation, la dernière chance, ceci sans connaître sa future classe.

 

Comment voulez-vous préparer un programme scolaire dans les dix heures qui vont se passer entre le moment où vous apprenez quelle classe vous est attribuée et le moment où vous passez la porte de la classe ? Comment faire pour se dire que le paragraphe cité en début d’article, qui exprime sans doute la vocation animant nos futurs et actuels professeurs des écoles, ne tombe pas en désuétude ?

 

Je vous invite d'ailleurs à lire le récit de la vie d'Emilie Carles, femme admirable, messagère de l'école.

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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