Le roman en Noir et Blanc – deux époques, deux dénonciations

Publié le 8 Février 2013

 

En 1979, André Brink sort le livre Une saison blanche et sèche. En 2012 est publié le roman de François Garde (prix Goncourt du premier roman), Ce qu’il advint du sauvage blanc.

 

On a deux trajectoires totalement différentes, et qui portent un discours empreint de nuances sur le racisme, la différence, et la culpabilisation de l’homme Blanc (démarche mise en exergue et dénoncée par Eric Zemmour notamment).

 

Apartheid – un très vilain mot auquel les Boers s’étaient si bien habitués

 

« Ben Du Toit est un professeur d'histoire, un Afrikaner de Johannesburg comme les autres, dont la vie bien réglée tourne autour des pôles suivants : famille, paroisse, travail.

Il prend peu à peu conscience des difficiles conditions de vie des Noirs dans son pays lorsque Gordon, le jardinier noir de l'école où il enseigne, pour lequel il s'était pris d'amitié, est arrêté. Gordon avait entrepris une enquête pour éclaircir les conditions de la mort de son fils en prison, un jeune garçon doué, dont Ben avait entrepris de payer les études. L'adolescent s'était retrouvé dans une manifestation qui avait dégénéré, car, comme tant d'autres jeunes noirs d'Afrique du Sud il ne pouvait plus supporter les lois raciales.

Gordon décède à son tour en détention, "suicidé" selon le rapport officiel. Ben du Toit prend la relève de l'enquête et tente de montrer à tous les abus du pouvoir en place, prenant d'énormes risques, rassemblant un à un de minuscules indices à l'aide de Stanley, chauffeur noir. Au fur et à mesure que l'enquête avance, les témoins disparaissent ou se désistent un à un, et la petite vie tranquille de Ben se désintègre. Il fait la connaissance d'une journaliste, Mélanie, et de son père un brin philosophe... Malgré les intimidations, une seule chose lui importe à présent : la vérité. » (Merci Wiki pour le résumé)

 

Le roman est impressionnant tant il nous emprisonne dans ce cercle vicieux de la recherche innocente de la vérité. On sent que les choses vont mal tourner, c’est évident. Et le sentiment de révolte vis-à-vis de ce régime minable et indigne est permanent. J’invite vraiment à lire Une saison blanche et sèche, qui rappelle à l’ordre car ce n’est pas si vieux.

Par ailleurs, André Brink a finalisé l’écriture peu après la mort de Steeve Biko, ce qui l’a fortement tourmenté, car on pourrait assimiler André Brink à Ben Du Toit, « celui qui se rend compte de la triste réalité avant les autres, mais déjà trop tard ».

Un point noir dans le roman : je n’ai pas réussi à trouver Ben réellement sympathique, tant je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il se réveillait si tard. La faute au livre ? ou tout simplement parce qu’il est trop difficile de se transposer dans un contexte d’Appartheid vu comme naturel car on y aurait grandi ? Je ne sais pas.

 

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Sauvage - un beau mot qu’on a rendu vilain en l’opposant à « civilisé »

 

François Garde semble reprendre le mythe de Robinson Crusoé, avec un matelot de 20 ans, dans la deuxième moitié du 19ème siècle, abandonné (par erreur, oubli, volontairement ? On ne le saura jamais vraiment) sur une île déserte. Mais pas vraiment déserte, finalement. Recueilli par une tribu de sauvages Noirs, au fin fond d’une contrée de l’Australie apparemment méconnue de l’homme Blanc, on assiste à un désespoir sans nom.

« Pourquoi est-ce qu’ils me sauvent la vie mais ne font pas attention à moi ? ». Il ne cessera, jusqu’à la fin, de se demander comment il est considéré par cette tribu, et découvre avec appréhension et écœurement leur manière de vivre.

Ecœuré non par racisme, mais par l’idée d’être seul avec sa culture qui ne sert plus à rien dans ces conttrées, au milieu d’un peuple ayant grandi avec des principes tout autre (aucune connaissance de la pudeur ou du rire, par exemple). Il cherche à s’enfuir…

Mais parallèlement, on assiste, 18 ans plus tard, à la découverte de ce même homme par la « gente civilisée », ayant oublié sa langue maternelle et ne serait-ce qu’au plus simple réflexe de l’homme occidental (la manière d’uriner…). Par contre, il a acquis d'autres qualités, desquelles les Blancs font peu de cas.

On devine donc que personne ne sera venu chercher le malheureux, et on observe, très curieux et enthousiaste car c’est très bien écrit, la métamorphose d’un matelot en sauvage, et en même temps (mais décalé dans le temps) celle d’un sauvage en homme occidental de 36 ans.

Il est délicat de bien le raconter, mais je vous recommande vraiment la lecture de ce premier roman.

 

Ainsi, avec ces deux livres, les mêmes questions : où la légitimité de dire qui est normal et qui ne l’est pas ? Qui fabrique la différence ?

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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LOUANCHI 01/04/2013 16:30

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après
24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200
harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société
française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude
Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian
n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net