Lecture d'Un éternel recommencement (Marie-Hélène Marathée)

Publié le 4 Avril 2011

Caroline Maillet s'est prêtée au jeu et a accepté de nous livrer un avis sur une de ses lectures: Différents personnages, et avec eux leurs ennuis, leurs envies, leurs aventures et leurs destins, se succèdent dans l'ouvrage. Ce concept de construction d'histoire semble à la mode, ne serait-ce qu'au cinéma avec Les Petits mouchoirs ou Paris. Mais ici, c'est différent et Caroline nous explique le cheminement du roman, entre réflexion sur l'éternel recommencement (y-a-t-il une vraie fin?) et confrontation entre réalisme et brins de surnaturel. Ce deuxième aspect m'attire moi, particulièrement en tant que potentielle lectrice, car c'est ce que je cherche à explorer dans mes propres projets d'écriture.

 

 

Un éternel commencement

Roman de Marie-Hélène Marathée, publié chez Mon Petit Editeur.

 

J’ai d’abord caressé le papier soyeux de cette couverture empreinte de poésie crépusculaire. Un coucher de soleil aux lueurs mordorées, encadré de violine. J’ai jaugé, soupesé l’ouvrage. 512 pages. Quel voyage au long court allaient-elles me proposer ? J’ai suivi le fil du sommaire et ses titres prometteurs. Déjà tout un parcours annoncé. Puis je suis entrée dans « Un éternel commencement ».

Cela commence par « le chant déchaîné de la mer ».Cela commence par un déluge sur une cité bleue dont on pressent qu’il est d’un autre temps. De quelle apocalypse parle-t-on ?

Á peine appelée vers un ailleurs étrange par une petite fille en robe blanche à ceinture argentée, je me retrouve tout simplement installée  dans le quotidien d’Anna Ling, identique à celui de beaucoup… le travail, les ennuis, l’ennui, les amis, quelques bons moments, les incohérences, la famille, la maladie, les liens difficiles voire insoutenables avec un passé traumatisant, les envies d’évasion.

 

éternel recommencement

 

Une belle écriture en découpe, au scalpel, les moindres replis, me permet l’immersion dans les sentiments et les émotions de personnages aux prises avec la lourdeur de leurs destinées. Je ressens leur hypersensibilité, leur désarroi. Ils semblent aspirés vers un inéluctable enfer  Pourtant l’humour, présent à la moindre occasion, est annonciateur d’espoir, détourne le drame. Les mots si bien tissés analysent finement les motivations, les décisions prises ou à prendre.

Je me laisse couler sur les ondes de ce long fleuve qui m’emporte je ne sais où. Le fantastique ne cesse de venir bousculer le réalisme des situations, avertir que tout n’est pas aussi limpide qu’on pourrait le croire… une boutique aux allures de maisons de Merlin, des lampes d’Aladin, une bague en spirale aux reflets dorés, Mikka, cet être étonnant tout droit issu de la mer, ses congénères aux allures d’anges… La vie ordinaire est ponctuée d’intrusions d’un surnaturel qui la transfigure, en explique les tenants et les aboutissants, l’enrichit, en combat les désastres. J’oscille en permanence entre l’ombre et la lumière, entre des pays différents, la France, l’Afrique, la Chine, entre des êtres que tout réunit ou tout oppose, entre des temps présents ou hors du temps, entre l’incrédulité ou le sentiment profond que tout ce qui se met en scène sous mes yeux est peut-être bien l’expression de vérités profondes.

Des vies se succèdent ou se superposent. Des vies présentes ? Des vies antérieures ? Un subtil enchaînement de péripéties me tient en haleine. Il y a beaucoup de monde dans « Un éternel commencement », Catherine, Cyril, Hélène, Ellie, Cornellia, Adrien Ling, Pascal, Zenodore, Adela, Fai, Samarcande, Xiao-chen, Markus, d’autres encore… Il y a beaucoup d’actions, de retournements de situations. C’est un livre riche d’émotions, de sensations, et de belles phrases. Tout bouge tout le temps et pourtant je ne m’enlise jamais, ne m’ennuie jamais. Marie-Hélène Marathée a su structurer cette longue histoire qui nous promène à vive allure d’un chapitre à l’autre sans que jamais l’on s’y perde. Je n’oublierai pas ce roman ni la philosophie qui le sous-tend et nous murmure que « ce qui est sacrifié aujourd’hui renaîtra de ses cendres d’une autre façon, car là où il y a une fin, il y a toujours un commencement ».

Cela finit par un grand cri d’amour.

            Je l’ai dit à Marie-Hélène Marathée : nous avons des écritures différentes mais manifestement des inspirations communes, comme ces pluies d’étoiles qui viennent comme par miracle sublimer l’aridité du monde, ces rêves où nos chiens perdus nous font signe, à l’abri au coeur de grandes prairies verdoyantes, ces glissements entre le réel et l’imaginaire, ces rencontres avec des êtres indéfinissables, avec l’invisible.

Longue vie à « Un éternel commencement ».

Caroline Maillet, auteur de

 « Le roman alimentaire de Enlila Apkallu »

« Le roman athlétique de Enlila Apkallu »

publiés chez Mon Petit Editeur

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #Cercles de culture

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