Limonov, 5ème - Comment terminer un livre sur un mythe vivant?

Publié le 5 Février 2012

Cinquième et dernier billet sur Limonov, d’Emmanuel Carrère, où on retrouve les états d’âme d’un écrivain qui approche de la fin de son ouvrage.

 

Une de ses réflexions sur le contexte politique actuel en Russie :

 

Je pense que Poutine est un homme d’état de grande envergure et que sa popularité ne tient pas seulement à ce que les gens sont décervelés par les médias aux ordres. Il y a autre chose. Poutine répète sur tous les tons  quelque chose que les Russes ont absolument besoin d’entendre et qui peut se résumer ainsi :

« On n’a pas le droit de dire à 150 millions de personnes que soixante-dix ans de leur vie, de la vie de leurs parents et de leurs grands-parents, que ce à quoi ils ont cru, ce pour quoi ils se sont battus et sacrifiés, l’air même qu’ils respiraient, tout cela était de la merde. Le communisme a fait des choses affreuses, d’accord, mais ce n’était pas la même chose que le nazisme. Cette équivalence que les intellectuels occidentaux présentent désormais comme allant de soi est une ignominie. »

 

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Il y a la mise en déroute de l’écrivain par celui dont il a voulu retranscrire sa vie. Leurs chemins se croisent à la fin du livre, enfin, et c’est pour cette scène :

 

Je me lève en le remerciant pour le café et le temps qu’il m’a consacré, et c’est sur le pas de la porte qu’il m’en pose une, finalement, de question :

 

« C’est bizarre, quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi ? »

 

Je suis pris de court mais je réponds, sincèrement :  parce qu’il a – ou parce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.

Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarder :

 

« Une vie de merde, oui. »

 

 

Et les doutes de l’écrivain, sur la façon de finir un livre. Pour un auteur de fiction, c’est presque plus facile, car on fait vivre la vie et la mort que l’on veut à nos personnages. Mais lorsqu’on a mêlé fantasque et réalité, personnages grandiloquent, récit romancé et éléments fortement documentés, comment faire ?

 

« Je n’aime pas cette fin. Je pense que lui non plus ne l’aimerait pas ».

 

 

La vraie fin du livre, je vous laisse la découvrir par vous-mêmes. Tout ce que je peux révéler, c’est qu’elle est réussie, et correspond à la fois à l’imaginaire de l’écrivain tout comme à la réalité de la vie de Limonov.

 

La fin que je vous propose, de mon côté, pour achever cette suite de billets sur une véritable fresque historique, ou roman d’aventures (appelez cela comme vous le voulez), c’est l’actualité d’Edouard Limonov.

Qu’est devenu Limonov ?

Une première réponse est apportée le 31 décembre 2011 par Le Monde :

 

Le rassemblement, organisé par l'opposant et écrivain controversé Edouard Limonov, avait lieu sur la place Trioumfalnaïa dans le centre de la capitale, autour du slogan "une nouvelle année sans Poutine". L'un d'eux a crié "Liberté" alors qu'il était arrêté par la police. D'autres ont scandé "La Russie sans Poutine". Une banderole, où il était écrit "mort aux occupants du Kremlin", a aussi été brandie. Edouard Limonov a indiqué à la radio Echo de Moscou avoir lui aussi été interpellé.

 

Juste avant, sa candidature aux élections présidentielles de mars 2012 a été invalidée par les autorités russes car Limonov avait été investi candidat « dans un bus »…

Cette polémique a-t-elle trouvé une solution ? Je ne parviens pas à dénicher la réponse à cette question.

Toujours est-il qu’il y a un site Internet pour la campagne présidentielle du dissident et écrivain russe, « l’épine de Moscou ».

 

 

Pourquoi est-ce difficile de terminer un livre sur un personnage et mythe vivant ?

Car en fait, l’histoire de Limonov, c’est pas fini.

 

 

PS : A partir de maintenant et ce jusqu’à la clôture des votes, je me permettrai de vous rappeler que vous pouvez me soutenir, avec mon roman Nouvelle Lune sélectionné pour le festival de polar Plume de Glace, en me mettant une bonne note (de 1 à 5) et en mentionnant une adresse email valide. C’est ici que ça se passe. Si vous souhaitez me soutenir même sans voir lu…faites quand-même. Merci d’avance ! 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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