Plume assassine, plume manosquine

Publié le 21 Janvier 2011

 

« Un soir d'orage de septembre 1896, cinq personnes sont massacrées dans une auberge de Haute-Provence. Seul un bébé, Séraphin Monge, échappe à la mort. Les années passent et la Grande Guerre s'achève, lorsque Séraphin, fraîchement démobilisé, revient au village en quête de son passé, décidé à assouvir sa vengeance. Mais lorsqu'il s'apprête à tuer les coupables, il est chaque fois devancé par une mystérieuse personne... »

 

C’était le synopsis de La Maison assassinée de Pierre Magnan, écrivain de Haute Provence et spécialiste des polars de terroir. Ce roman a été adapté au cinéma par Georges Lautner, et avec comme acteur vedette Patriiiiiiiiiiiiick !

 

La maison assassinée

 

A croire qu’il y a une sorte de malédiction qui pèse sur Manosque et ses environs. Ca grouille d’assassins, de cul-terreux débiles, de secrets de famille enfouis et d’écrivains pour raconter tout cela. Ce sont ces histoires qui personnellement me passionnent. C’est cette Provence qui m’attire. Pas vraiment celle de la trilogie de Pagnol, où « ça sent bon la Provence, les cigales, on peut aller chasser, il fait toujours beau » etc…

 

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le petit pays qu’est la Haute Provence fourmille de plumes. Comme si cette nature belle et faussement naïve, ces esprits provençaux et néo-paysans que beaucoup disent fermés étaient en fait la meilleure source d’inspiration possible.

 

René Frégny a écrit le sang, il a écrit sur les larmes et sur l’amour, sur Manosque et alentours  et il est devenu lui-même un personnage de la ville. Il aime s’asseoir à la terrasse du café dont il possède une partie. Juste en face de la mairie, sur les pavés un peu penchés. Il regarde la place et les passants lui jettent un coup d’œil de temps en temps. C’est qu’on le connait dans le coin. Son visage et ses lunettes nous sont familiers. Il fait partie d’ici.

Je vous recommande d’ailleurs ses romans, dont Elle danse dans le noir, Où se perdent les hommes, La Vierge noire… et puis Lettre à mes tueurs, plein de sueur et d’effroi, dont voici la présentation :

 

« Marseille souffre sous la canicule. Pierre étouffe dans son appartement tout en se battant avec la page blanche de ce livre qu'il n'arrive pas à écrire. L'inspiration n'est plus là. Les doutes de Pierre pourtant, passent brutalement au second plan après qu'un ami d'enfance, devenu une figure du grand banditisme, déboule dans son salon traqué par la police comme par le milieu. L'homme est blessé, lui donne une cassette et un numéro de téléphone avant de disparaître par les toits... Débute alors, pour l'écrivain en mal de fiction, une lutte sauvage pour sauver sa peau. La traque, à la mesure d'une ville passionnée, sera sans concessions... »

 

La canicule, la colère et le vice… voilà les manifestations de la nature et de l’homme qui se retrouvent couchées sur le papier. En ce sens, nous qui écrivons ou prétendons le faire, nous sommes les héritiers de Jean Giono.

Pour lui, le méchant est l’homme, la force qui le punit vient de la nature. Car l’homme n’est pas la nature mais en fait partie. Ainsi, comme le dit si bien « Jean le Bleu » :

 

« Toutes les erreurs de l'homme viennent de ce qu'il s'imagine marcher sur une chose inerte alors que ses pas s'impriment dans de la chair pleine ».

 

Son premier roman, Colline (1928), représente pour moi la plus grande source d’inspiration possible pour écrire sur Manosque et ses terres, et constitue un quasi-pamphlet en l’honneur des forces de la nature :

 

« Ça a pris au Tonnerre de Dieu, là-bas, entre deux villages qui brûlaient des fanes de pommes de terre.

La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. Elle était à ce moment-là dans les pinèdes à faire le diable à quatre. Sur l'instant, on a cru pouvoir la maîtriser sans trop de dégâts ; mais elle a rué si dru, tout le jour et une partie de la nuit suivante, qu'elle a rompu les bras et fatigué les cervelles de tous les gars. Comme l'aube pointait, ils l'ont vue plus robuste et plus joyeuse que jamais qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent.

C'était trop tard. Depuis, elle a poussé sa tête rouge à travers les bois et les landes, son ventre de flammes suit ; sa queue, derrière elle, bat les braises et les cendres. Elle rampe, elle saute ; elle avance. Un coup de griffe à droite, un à gauche ; ici elle éventre une chênaie ; là elle dévore d'un seul craquement de gueule vingt chênes blancs et trois pompons de pins ; le dard de sa langue tâte le vent pour prendre la direction. On dirait qu'elle sait où elle va. »

 

Et c’est Janet le vieux cul-terreux du village, Janet le beau père radotteur, à demi-fou, incontinent, qui emmerde sa famille et les habitants du coin. C’est lui qui vocifère et prédit les catastrophes qui se succèdent dans Colline.

Il est en quelque sorte mon méchant préféré… Grrrr.

 

« Un vieillard se tient sur le bord de la route. On pourrait croire qu’il va tomber dans le vide. Il a les doigts crispés sur sa canne et ses yeux sont fixés sur les arbres de la colline d’en face. Ses yeux sont pleins de flamme. Il tape de la canne sur le goudron gluant de soleil qui résonne. Sa haine se diffuse tel un venin par le bitume jusqu’en haut de la Mort d’Imbert et finit par atteindre la colline d’en face. Il y a des maisons toutes écœurantes de rose et c’est d’elles que partent les premières flammes. Elles crépitent et se propagent jusqu’aux premiers arbres assoiffés qui s’embrasent.  La danseuse endiablée occupe joyeusement la scène et le spectateur ridé apprécie le spectacle. Elle lui envoie sa fumée mais il ne bouge pas d’un poil. Furieuse d’être ainsi domptée, elle rassemble ses forces et dévale le vallon pour remonter jusqu’aux pieds du vieillard qui la toise avec un air de défi. Le serpent de feu lui lèche alors les godillots et brûle son velours rapiécé. Il l’encercle et l’étrangle. Le vieillard se colore des mêmes teintes que lui. Le visage bleu, les yeux étincelants, il garde les yeux fixés sur la maison qu’il vient d’assassiner ».

 

Ces derniers mots étaient les miens… le temps d’un article je me serais mêlée aux plumes maîtresses manosquines !

 

Je vous laisse avec la bande annonce du Hussard sur le toit, adapté du roman de Jean Giono, et avec Olivier Martinez (Miam…) 

 


 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #Cercles de culture

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