Pourquoi lire Féminismes et pornographie?

Publié le 2 Octobre 2012

 

Préambule: Oui, je suis subjective et partiale. Mais à quoi ça sert d'avoir un blog si ce n'est pour prendre parti directement pour des choses qu'on veut défendre, des gens qu'on veut soutenir? Donc vous voila prévenus!

Sexe

 

En lisant ce mot, vous vous attendez à quoi ? Qu’est-ce que ça peut évoquer comme champ lexical ? Les mots « plaisir », « jouissance » ? Ou plutôt « lutte », « inégalités » ? Ou encore « perversion », « jalousie » ?

Selon le sujet de conversation, les interlocuteurs, le mot sexe prend des tournures plus moins louches, tendues, voire taboues.

 

Ici, on va partir du postulat que le sexe ne devrait pas être tabou. Sans doute pour plusieurs raisons, mais surtout pour celle-ci : le trop-plein de gêne ou la provocation de la honte qui entoure tout sujet sexuel permet en partie d’entretenir une situation d’inégalités entre les hommes et les femmes. Les hommes dominent largement encore tout ce qui touche au sexe : ils ont le droit d’en parler, de le pratiquer sans états d’âmes ; ce sont leurs fantasmes qui sont montrés ; ce sont eux qui profitent du plus grand nombre de supports pédagogiques pour apprendre sur leur appareil génital et leur vie sexuelle.

Quant aux femmes, c’est à peine si elles savent ce qu’est un clitoris dans leur adolescence. C’est à peine si elles osent échanger entre elles dès qu’elles ont leurs premières règles, pour savoir si c’est normal que ça fasse mal, si ça dure longtemps, etc. C’est à peine si elles ont conscience qu’il est possible pour une femme de se masturber.

 

N’y voyez aucun discours générationnel revendicateur. Les extraits ci-dessous, du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, me permettent de m’appuyer sur un livre écrit alors que mes parents n'étaient pas nés (1949), pour étayer mon propos :

 

...le pénis se laisse manipuler, à travers   lui on peut agir, ce qui est un des profonds intérêts de l'enfant... Il semble aux fillettes que le garçon, ayant le droit de toucher son pénis, peut s'en servir comme d'un jouet tandis que leurs organes à elles sont tabous

 

Le grand privilège que le garçon en tire c'est que, doué   d'un organe qui se laisse voir et saisir, il peut au moins partiellement s'y aliéner. Le mystère de son corps, ses menaces, il les projette hors de lui, ce qui lui permet de les tenir à distance...

 

Elle a un extrême souci de tout ce qui se passe au-dedans d'elle, elle est dès le départ beaucoup plus opaque à ses propres yeux, plus profondément investie par le trouble mystère de la vie, que le mâle. Du fait qu'il a un alter ego dans lequel il se reconnaît, le petit garçon peut hardiment assumer sa subjectivité; l'objet même dans lequel il s'aliène devient un symbole d'autonomie, de transcendance, de puissance: il mesure la longueur de son pénis; il compare avec ses camarades celle du jet urinaire; plus tard, l'érection, l'éjaculation seront sources de satisfaction et de défi. La petite fille cependant ne peut s'incarner dans aucune partie d'elle-même. En compensation on lui met entre les mains, afin qu'il remplisse auprès d'elle le rôle d'alter ego, un objet étranger : une poupée.

 

Donc là, on fait quoi ? Vu que rien n’a bougé ou presque, sur ces points là en tout cas, on peut se demander d’où viendra une solution. Une solution pour dans un premier temps réformer le discours sur la sexualité, qui est un des lieux d’expressions universels, afin de désamorcer une situation d’inégalités trop solide entre les hommes et les femmes.

 

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Aujourd’hui, et c’est encore récent, des femmes veulent utiliser la pornographie, pourtant outil de déploiement de fantasmes presqu’exclusivement réservé aux hommes, pour faire valoir le droit des femmes d’avoir du plaisir, des fantasmes.

L’avantage serait double :

D’une part, montrer la femme autrement dans des films pornographies influencerait le public homme, qui verrait la femme comme autre chose qu’un simple objet sexuel qui hurle dès qu’on la touche.

D’autre part, faire des films que les femmes pourraient prendre plaisir à regarder, seules ou avec leur compagnon/compagne, briserait le tabou de la sexualité féminine, et entrainerait de ce fait davantage d’émancipation (dans la vie sexuelle, et pourquoi pas dans la vie tout court).

 

Cette idée semble très logique. Et je tenais à tenter de faire toute cette démonstration au préalable pour que le lecteur n’ait aucun préjugé quant au livre dont je veux parler, et qui s’intitule Féminismes et pornographie.

Car si le mot « sexe » suscite des débats, le mot « pornographie » est propice à toutes les indignations. Or, il faut y voir l’un des plus importants moyens d'expression pour le développement de la vie sexuelle; aussi un des plus importants domaines d'expression de machisme, qu'il conviendrait de désamorcer. Et il n’est pas nécessaire d’être adepte de porno pour admettre de réfléchir sur le sujet.

 

Ainsi, de deux choses l’une :

Soit vous êtes « habitué » au porno, ou du moins n’êtes pas dégoûté par le concept. Dans ce cas, le livre (riche de documentation historique, d'entretiens, et de réflexions sur les féminismes) de David Courbet est fait pour vous, afin de comprendre le comment du pourquoi de l’inégalité de traitement de la vie sexuelle, au détriment des femmes.

Soit le mot même vous horripile au plus haut point, et alors ce livre est fait pour vous, afin de comprendre que, dans le concept de base de la pornographie, tout n’est pas forcément dégueulasse.

 

Si je ne vous ai pas convaincus avec mon propre article et ma propre petite démonstration, j’espère que les différents échos qui suivront à propos de Féminismes et pornographie seront plus efficaces.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Compagnons de route

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