Regards qui crient en silence - Les maux et les mots venus de la terre

Publié le 24 Août 2011

Avant de découvrir ce billet, une petite (toute petite) explication s’impose. Car il s’agit d’une symbiose entre des photographies (de Ben et de Pauline) qui me plaisent et ce texte de Marien Guillé qui est magnifique.

 

On vient de la terre, cette terre si riche et si implacable, et on regarde en l’air pour crier, à l’adresse d’un ciel plein de promesses mais à moitié masqué. Je crois que ça suffit...

 

 

Aux regards qui crient en silence

 


Aux regards qui crient en silence

Toute une vie en attente

De départs, de retours,

De grands arbres blancs

J’ai su qu’il y avait si loin

De grands pas à entendre résonner

 

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Pauline Ladier - sculpture de Camille Claudel


La terre sert ses oasis aux aveugles et ses champs de boue à ceux qui, même morts, les paupières baissées, affirment qu’ils voient. La terre écrit le grand poème de l’existence à la racine des arbres et à l’érosion des roches, dans le langage des oiseaux et des flaques, avec les mots surpris à l’aube dans les bras de la nuit, au creux des vallées ronflantes, dans la main des dunes fleuries.

La terre écrit le grand poème de l’existence en laissant pousser ses arbres là où nous laissons nos pas, peut-être pour nous montrer le chemin. Elle écrit sa colère et son ignorance, ses mots plein de pluie et ses cris d’égouttés. Elle recueille tout dans ses pages de plaines qui s’entassent à des sommets où les arbres échangent leurs cimes contre des ouragans et balayent le vide d’un revers d’équinoxe.

 

Elle erre à travers l’errance et les mots recueillis dans ses tiroirs terriers cachés à même le bois mort du tronc qui chante ses poumons.

N’hésite pas à lire ce que les humeurs de l’équinoxe pensent de ton voyage. La terre chantera ton retour parmi les brumes chahuteuses qui laissent passer le sel de tes mains et les marées montantes de ta fantastique angoisse.

La terre aime les misérables plaisirs et les formidables blessures. Elle s’habille des chants de ton âme. Revêt les sources qui coulent le long de tes bras chargés d’enfance et de manque. Elle te puise sa lumière quand tu dors serré contre l’herbe. Elle s’insinue dans ton rire d’incendie et brûle la glace posée sur tes épaules.

 

La terre a des lèvres creusées dans la roche et des épaules de vent laissé en miettes. La terre t’épaule dans tes travaux d’Hercule et s’accuse à tort de tes revers. Elle te sert ses paroles comme la pluie irrigue le fleuve qui irrigue la moisson qui irrigue l’âme. La terre est une errance soignée, une valise jamais ouverte, une malle toujours en voyage. Une errante insouciante et insurgée, odieuse et libérée. Elle te donne ses mots quand crier ne veut plus rien dire. Elle t’offre le silence d’une parole juste, d’un geste sûr. Ecoute-la ! La terre te sert sur un plateau tous les outils de plume et d’argile pour alourdir ton être de toute sa consistance. Tous les mots qu’il manque aux fouilles.

La terre se serre dans tes bras pour se protéger de toi, elle t’accueille dans son souffle et demande, implore, réclame des fêlures dans les fissures, des fuites à travers les nuages. Des formes. Et rien d’autre.

Elle. Et c’est tout.

Elle t’apporte la lente coulée de cris que tu as besoin d’entendre. Elle t’emmène dans ces tombes de sable où sont enterrées vivantes les

douceurs-tendresses qui ont osé pointer leur nez au jour qui s’aime. Elle ouvre les livres brûlés par les hommes, elle ressuscite les mots. Ceux à dire. Et les autres. Elle te sert ce langage sans prévenir.

La terre est un pays qui ne prévient pas. Où personne ne peut prévenir.

Elle est là pour servir tes révoltes au temps. Pour t’aimer dans tes goûts, dans ton odeur de sueur, de silence, d’ombre et de poussière.

 

FEUILLE 3

Photo de Ben Raynaud - A l'ombre d'une feuille


Pour te donner la caresse du jour et le jour à caresser. Et tout ce qui manque à ce qu’il y avait qui n’est plus. Et bien plus encore. Elle se donne à toi, se donne et ne retient pas. Entière et dévouée. Prête à se jeter dans tes bras, pleine de vie, et te chanter ses plus douces complaintes, ses cantiques les plus torturés, et son refrain de lumière. 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume.over-blog.com

Publié dans #Compagnons de route

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