Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier

Publié le 19 Décembre 2012

 

 « Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »

Martin Luther

 

Ce billet non pas pour disserter sur la fin du monde en elle-même (on s’en fout complètement) mais sur le fait que des films sortent ou sont diffusés en pagaille sur le sujet, pour bien profiter d’une ambiance psychotique.

Et là, je me suis dit : « qu’est-ce qui se fait de mieux sur la fin du monde ? ». donc voilà deux références, du lourd, et du vieux, ce qui montre que l’idée de fin du monde n’est pas nouvelle dans nos esprits.


Docteur Folamour – Stanley Kubrick (1964)

 

 

Ravage – René Barjavel (1943)

(notez quand même la modernité de ce texte écrit en 1943…ça fait presque peur).

 

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L’humanité ne cultivait presque plus rien en terre. Légumes, céréales, fleurs, tout cela poussait à l’usine, dans des bacs.

Les végétaux trouvaient là, dans de l’eau additionnée des produits chimiques nécessaires, une nourriture bien plus riche et plus facile à assimiler que celle dispensée chichement par la marâtre Nature. Des ondes et des lumières de couleurs et d’intensités calculées, des atmosphères conditionnées accéléraient la croissance des plantes et permettraient d’obtenir, à l’abri des intempéries saisonnières, des récoltes continues, du premier janvier au trente et un décembre.

L’élevage, cette horreur, avait également disparu. Elever, chérir des bêtes pour les livrer ensuite au couteau du boucher, c’étaient bien là des mœurs dignes des barbares du XXe siècle. Le « bétail » n’existait plus. La viande était « cultivée » sous la direction de chimistes spécialistes et selon les méthodes, mises au point et industrialisées, du génial précurseur Carrel, dont l’immortel cœur de poulet vivait encore au Musée de la Société protectrice des animaux. Le produit de cette fabrication était une viande parfaite, tendre, sans tendons, ni peaux ni graisses, et d’une grande variété de goûts. Non seulement l’industrie offrait au consommateur des viandes au goût de bœuf, de veau, de chevreuil, de faisan, de pigeon, de chardonneret, d’antilope, de girafe, de pied d’éléphant, d’ours, de chamois, de lapin, d’oie, de poulet, de lion et de mille autres variétés, servies en tranches épaisses et saignantes à souhait, mais encore des firmes spécialisées, à l’avant-garde de la gastronomie, produisaient des viandes extraordinaires qui, cuites à l’eau ou grillées, sans autre addition qu’une pincée de sel, rappelaient par leur saveur et leur fumet les préparations les plus fameuses de la cuisine traditionnelle, depuis le simple bœuf miroton jusqu’au civet de lièvre à la royale.

 

Vingt-cinq millions, c’était le chiffre donné par le dernier recensement de la population de la capitale. Le développement de la culture en usine avait ruiné les campagnes, attiré tous les paysans vers les villes, qui ne cessaient de croître. A Paris sévissait une crise du logement que la construction des quatre Villes Hautes n’avait pas conjurée. Le Conseil de la ville avait décidé d’en faire construire dix autres pareilles.

Pendant les cinquante dernières années, les villes avaient débordé de ces limites rondes qu’on leur voit sur les cartes du XXe siècle. Elles s’étaient déformées, étirées le long des voies ferrées, des autostrades, des cours d’eau. Elles avaient fini par se rejoindre et ne formaient plus qu’une seule agglomération en forme de dentelle, un immense réseau d’usines, d’entrepôts, de cités ouvrières, de maisons bourgeoises, d’immeubles champignons.

 

Une partie de la France avait échappé à cette évolution. En effet, une plante restait rebelle à la culture en bacs : la vigne. De même, l’état de la technique ne permettait pas encore de cultiver les arbres fruitiers en usine. Si bien que le midi de la France, devenu un immense verger, produisait des fruits pour le reste du continent. La vallée du Rhône s’était couverte de serres chauffées et éclairées électriquement, où mûrissaient tous les fruits en toutes saisons. La Provence du Sud - Est, par contre, lente à se laisser pénétrer par le progrès, cultivait encore à l’air libre. Les paysans en profitaient pour faire pousser à l’ancienne mode, en même temps que la poire et la cerise, du blé et d’autres céréales. Ils pétrissaient leur pain eux-mêmes, élevaient poules, vaches et cochons, se cramponnaient au passé tout simplement parce qu’ils préféraient dépenser beaucoup de peine plutôt qu’un peu d’argent.

Du Rhône à l’Atlantique, le Sud – Ouest s’était vêtu d’une pellicule brillante, faite d’innombrables serres sous lesquelles des vignes forcées donnaient trois vendanges par an. De là, un océan de vin coulait sur l’Europe.

 

- Tout cela, dit-il, est notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelque temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est –à dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent vers la destruction.

 

Egalement cette citation, sur laquelle je suis tombée pendant mes petites recherches sur cet article, qui me plait bien (et reflète le climat actuel) :

« La fin du monde, c’est quand on cesse d’avoir confiance ».

Madeleine Ouellette-Michalska

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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