Trois femmes puissantes – les perdantes magnifiques

Publié le 9 Avril 2013

 

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Marie Ndiaye a eu le prix Goncourt 2009 pour ce roman. Ce qui est à la fois encourageant et intimidant.

Car la qualité d’un prix Goncourt ne sera jamais à débattre. Par contre, un Goncourt est plus ou moins digeste, selon notre « niveau » de lecteur, les qualités de récit attendues et le message qui est passé.

Avec Trois femmes puissantes, c’est fluide, fleuve, subtil. Et fort.

 

On est dans la dualité. Ça se devine immédiatement. La dualité homme-femme (pas simplement le machisme).

Et cette dualité se décline selon trois histoires en parallèle.

 

La première héroïne, Norah, avocate qui a toujours vécu en France, avec des origines sénégalaises, a vécu avec un père tyrannique, pris en totale admiration pour son seul fils parmi trois enfants. Norah, appelée auprès de son père, se maudit d’avoir obéi et découvre ensuite avec horreur qu’il s’agit de sauver son frère, emprisonné pour meurtre.

Toute la manipulation du père est dépeinte dans cet épisode, et on devine l’impact de ce personnage imbu de lui-même, les conséquences de ses actes, sur toute sa famille.

Norah, désarçonnée, persécutée, se relève petit à petit.

 

On bascule ensuite vers Fanta, jeune professeur de français sénégalaise qui arrive en France pour suivre son mari. De Fanta, on n’entendra rien. C’est Rudy, son mari déchu qui parle. On devine que son père a été l’associé, sans doute, du père de Norah de la précédente histoire. Quelque chose s’est passé, de très grave, qui a privé Rudy de son emploi d’enseignant. Tous ses rêves de bonheur avec Fanta s’effondrent, et tout son déséquilibre mental refait surface. Rudy n’est pas très net. Iul est dur avec Fanta, avec leur fils, s’en veut mais est incapable d’agir et de parler correctement. Le parti pris de l’auteure est ici très intéressant, puisque c’est un homme brisé et coupable, en quelque sorte, qui nous parle d’elle, de sa fragilité et de sa grandeur, du fait qu’elle est le seul élément en ce monde qui puisse le rendre normal.

 

Enfin, on lit l’histoire de Khadi Demba, jeune veuve sénégalaise envoyée par sa belle-famille en France, chez « la cousine Fanta qui a réussi ».

La seule chose qui lui permet de tenir, d’avancer, est de se souvenir de son nom, de se souvenir qu’elle a été aimée par son mari défunt.

Et elle en subi de belles, Khadi Demba ! Veuve, détestée par sa belle-famille, blessée, perdue dans une ville avec un compagnon de fortune, réduite à la prostitution pour pouvoir se nourrir, trahie par son compagnon devenu amant qui s’enfuit en prenant tout son argent gagné en ouvrant les jambes… jusqu’à la fin, au lieu de se lamenter, elle retire sa dignité du fait de répéter « Je suis Khadi Demba ».

 

C’est poignant de bout en bout. Trois contextes différents se rejoignent pour traiter de cette dualité, de ces duos abrupts, sentiments cruels et mis à rude épreuve, de ces humains qui se battent dans un monde qui leur semble trop grand.

Il y a des fêlures dans ces personnages, surtout les femmes.

 

Ces femmes que je qualifierais de perdantes magnifiques.

 

 Un article en parle mieux que moi.

 

Il reprend notamment quelques phrases de Marie Ndiaye :

 

« Tout lecteur doit apprendre à se méfier de la douceur en littérature (…). Je donne parfois à mes phrases une (…) apparence convenable et appliquée dans un contexte qui, lui, n’est pas normal, qui peut même être scandaleux, afin que le contraste soit déstabilisant et qu’on ne sache plus trop ce qui est à l’origine du sentiment de révolte : le contexte en lui-même ou la coloration du style »

 

A lire, pour se rapprocher un peu de ces combats intérieurs superbement écrits.

 

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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daniel310 11/04/2013 12:20

L'article "Bouquets de fleurs" est paru
Amitiés - daniel