Ecrire le cinéma – La Grande Bellezza, le film qui porte et mérite parfaitement son titre

Publié le 24 Mai 2013

Il est parfois de ces moments de cinéma qui sont magiques. Un de ces moments à la fin duquel on est encore ensorcelé. On voit cette lumière lancée par le projecteur, dans laquelle dansent les grains de poussière. Et tout autour l’obscurité et la musique du générique de ce film. On hésite à se lever pour sortir et retrouver l’agitation et la pluie de Paris.

Si la bande annonce ne vous inspire pas, fuyez, et ne lisez même pas cette chronique. Car cette bande annonce, et ce n’est pas tout le temps le cas, reflète très bien ce qui se passe dans le film.

Paolo Sorrentino a fait un film sur le néant. On a un écrivain, qui porte cette étiquette car il a écrit un livre à succès il y a quarante ans, vers ses vingt-cinq ans.

Il s’est alors rendu à Rome, s’est intégré aux mondanités… Non seulement il n’a plus quitté ce monde mais il en est devenu le roi.

Il le dit lui-même à plusieurs reprises : il fait partie du néant, et c’est décidément le pire pour pouvoir écrire.

« Si Flaubert n’a pas pu écrire sur le néant, comment le pourrais-je ? »

Quand il ne participe pas à la débauche, il regarde en souriant ses comparses qui se perdent dans les méandres des mondanités.

Il accepte sans trop broncher les démonstrations de quelques personnes se prétendant artistes et qui cherchent à lui montrer ce qu’ils savent faire pour se faire une place dans son monde.

Et ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de remettre à sa place cette cinquantenaire, qui se vante d’avoir réussi sa vie de mère et de femme littéraire accomplie alors qu’elle écrit pour la téléréalité le jour, sort tous les soirs et a trois baby-sitters à son service.

Et lui aussi, Jep Gambardella (j’adore ce nom), se remet en question au lendemain de ses 65 ans. Car il se sent vieux.

« Jeune, tu ne l’es pas, en tout cas », lui lance une de ses nouvelles amies avec un sourire malicieux.

Il pense à se remettre à écrire, se perd dans des contemplations d’une Rome qu’il adore éperdument, et cherche à retrouver le Geppino (son vrai prénom) de sa jeunesse.

Et nous, spectateurs, sommes totalement embarqués, dès les premières notes de cette musique sublime.

Paolo Sorrentino démystifie l’humain, dans toutes ses dimensions.

Après tout, à la fin il y a la mort. Mais avant il y a la vie.

Et les personnages de ce film ne peuvent pas tellement se satisfaire de leur vie, malgré leur réussite éclatante.

C’est un peu l’histoire d’une quête, à travers quelques rencontres fortuites assez étranges, des promenades dans un Rome que je ne connais pas (à part le colisée et la grande avenue qui y mène – d’ailleurs Jep Gambardella a un appartement avec un balcon qui donne sur le colisée…). Chacun résout cette quête à sa façon. Et comme on est dans un film italien, la spiritualité prend sa part, à travers un personnage très émouvant et qui pourrait être l’équivalent de Mère Térésa.

Pour Jep, le salut, car « je suis désormais trop vieux pour continuer à faire ce que je n’aime pas faire », viendrait de l’écriture… Or, il se dit que c’est peut-être trop tard car il n’a pas trouvé la grande bellezza.

J’ai adoré, ai été émue aux larmes (sans pleurer pour autant), ai souri de nombreuses fois, et ri.

Il faut le voir. En VO, ça me paraît indispensable, tant la voix de l’acteur qui interprète Jep est belle à entendre.

En sortant de la salle, souriant malgré ce froid pourri pour un 24 mai, et cette pluie lacée qui vous tombe sur le front, on se dit que le cinéma fait parfois du bien.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture

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