Exercices d'écriture improvisée - un exemple pour rallier tous les adeptes et curieux!

Publié le 21 Juin 2013

Après mon billet sur l’idée d’un recueil participatif, j’ai reçu pas mal de questions de curieux intéressés par la démarche.

En quoi ça consiste exactement ?

Comme le thème pour ce recueil sera le corps, il s’agit de l’aborder sous trois aspects :

  • Le corps vit : il respire, il écoute, il ressent…
  • Le corps est la matérialisation, enveloppe, d’une âme, ou de battements de cœur, de la vie, appelez cela comme vous voulez ;
  • Le corps est composé de pas mal de morceaux différents et mystérieux.

Pour le deuxième aspect, je suis dans l’écriture d’une trilogie de nouvelles sur un personnage de littérature qui prend vie dans la réalité… ou pas.

Pour le troisième aspect, nous verrons la semaine prochaine…

Pour le deuxième, je vous livre un exemple.

Le but est de ramener l’exercice à l’écriture, sinon on aura du mal à faire un recueil d’écrits. Personnellement, j’ai choisi de faire un peu d’écriture improvisée, tout en étant influencée par quelques chansons que j’avais choisies.

Il y a une quantité innombrable de possibilités pour poser des mots sur des sensations, des gestes du quotidien, ou l’un des cinq sens propres à l’homme. Le but est de prendre un thème/endroit/bruit qui vous inspire et de vous laisser aller.

Prenez quelques minutes et posez des mots et des lignes sans réfléchir.

La qualité littéraire n’est pas le but, ici. Les textes ne doivent pas être corrigés ensuite (sauf pour les coquilles et fautes d’orthographe).

Donc pas de pression comme quoi vous n’avez pas l’habitude d’écrire ou autre.

Je vous laisse avec mon exemple et quelques explications :

Je me suis lancée après avoir revu pour la troisième fois un super film de gangsters. Et je me suis mise la musique ci-dessous trois fois d’affilée pour écrire en même temps sans discontinuer. J’ai donc imaginer cette scénette en étant absorbée par l’univers et l’atmosphère que je m’étais construits auparavant, entre le film de gangsters et ce morceau de Moby que j’adore.

Consigne : lisez en même temps que vous écoutez. Et puis donnez votre avis. Et puis lancez-vous, avec ces mêmes règles d’exercice ou d’autres !

Elle est entrée dans la pièce. Et la musique a commencé. Sur un rythme lent, langoureux. On aurait dit qu’elle avait été composée pour elle. Et elle seule.

Les pas de sa danse vinrent tout naturellement.

Dans cette pièce éclairée d’une lumière tamisée, tous les regards se dirigeaient d’abord vers ses pieds. Les chevilles de la fille étaient fines, et se lovaient dans ses chaussures flamboyantes. Les talons martelaient le sol mais ne faisaient aucun bruit.

La musique percutait en accord avec les pieds de la fille.

Les regards montaient ensuite le long de ses jambes. On aurait pu croire que la tenue manquait d’originalité.

C’est vrai, une stripteaseuse en talons aiguille et bas résilles, ça court les rues. Mais pas de cette came là.

Celle-là, elle envoyait du lourd. Quand on arrivait au-dessus de ses genoux, on pouvait chavirer dans les fantasmes les plus absolus.

Des cuisses pleines, musclées, tendues et si proches…

Mais on ne pouvait la toucher. Il ne fallait même pas y penser.

Elle n’était pas protégée par n’importe-qui. Sa patronne était connue dans toute la ville. Sa mère. Et on peut imaginer le mal qu’une créature est capable de faire à celui qui oserait aller contre ses plans, surtout quand ses plans allaient jusqu’à exposer la chair de sa chair aux yeux pervers de tout Los Angeles.

La fille avait l’air d’être sacrément forte. Sa taille ondulait et c’était un plaisir sans nom de la contempler, avec soi-même le dos avachi contre une chaise, la clope au bec et la bouche ouverte.

Et elle l’était, forte, en réalité. On racontait des tas de choses sur elle, pas le genre d’histoires qui circulent sur toute stripteaseuse qui se respecte, et qui, pour préparer la sortie, tente de se faire un paquet de blé par tous les moyens à sa disposition, devait-elle y laisser toute dignité.

Non, elle, c’était avec ses poings et ses pieds qu’elle faisait son chemin.

Le strip, c’était la mise en bouche. On pouvait croire que c’était sa manière de se chauffer. Personne n’avait osé le lui demander.

Ensuite, pour les initiés de ce club aussi ancien que glauque et mal famé, c’était une autre soirée qui commençait, et digne des meilleurs combats de boxe (mêlés aux plus mythiques des films pornos, diront certains).

Les combats de filles, ça la connaissait. Et elle devait subir une sacrée pression de la part de sa mère de patronne, car il s’agissait de ne pas être abîmée pour la danse du lendemain soir. Alors elle y mettait tout ce qu’elle avait, et s’en sortait toujours sans une égratignure.

On racontait que sa patronne avait de plus en plus de mal à trouver des adversaires intéressantes, qui croyaient en leurs chances et étaient prêtes à y laisser leurs dents au moindre faux pas.

Ruby ne pardonnait rien. Elle envoyait les coups sans s’émouvoir, et semblait jouer sa vie à chaque seconde de son combat.

Et alors que ses talons aiguille ne faisaient quasiment pas de bruit sur scène, on pouvait entendre ses poings fracasser la mâchoire des pauvres filles d’en face.

C’était beau.

Et là elle arborait ce regard qui faisait comprendre que sur scène et en dehors, elle était la même et qu’il valait mieux pas lui chercher des emmerdes.

Susciter des fantasmes. Peut-être qu’elle aimait ça, ou peut-être qu’elle s’appliquait seulement à faire un job bien payé, et pour lequel elle rencontrait peu de concurrence. Elle laissait le soin à d’autres de la traiter de salope, chienne… Elle savait qu’il y en avait au moins deux fois plus qui lui forgeaient une réputation de guerrière.

La vie valait le coup. Rien que pour cette scène finale de combat, quand Ruby, habillée en short et bas-résilles, levait les bras au ciel, serrait les poings, hurlait sa victoire et recevait une pluie de billets, lancée par un coup de projecteur aveuglant.

L’instant d’après, elle disparaissait, et on croyait avoir rêvé.

Quand on se laisse aller... On n'est pas obligé de faire comme dans Shining avec cette machine à écrire ;)

Quand on se laisse aller... On n'est pas obligé de faire comme dans Shining avec cette machine à écrire ;)

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Mes écrits : Poids Plume

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