Soutenir le monde du livre – le rôle de qui ?

Publié le 16 Juillet 2013

Sur Facebook, depuis quelques semaines et de la part de mes contacts éditeurs ou écrivains, se propage un appel au sauvetage d’une librairie, celle de la petite ville d’Egreville en Seine et Marne.

Un appel aux dons pour aider la libraire à résoudre son découvert, trop réticent à s’effacer, et qui la contraignait à fermer boutique.

Ceci alors que son chiffre d’affaires est en hausse constante depuis 3 ans.

On parle d’une somme ridicule : le découvert est de 7 000 €.

En fin de semaine dernière, 182 donateurs avaient permis de récolter plus de 5 000 €, et la libraire n’y croyait pas.

Soutenue par des gens connus du monde du livre et très actifs sur les réseaux, dont Paskal Carlier et Gérard Collard notamment, cette librairie est la seule et unique de cette ville de 2 200 habitants, et son cas n’est pas sans rappeler celui de la librairie de La Courneuve.

On peut se demander plusieurs choses.

Le monde du livre va mal

C’est une évidence, et tout le monde est en droit de se plaindre :

  • L’auteur, qui ne perçoit pas de somme au départ sauf s’il est très connu, et qui reçoit ensuite en droits d’auteurs de 8 à 10% sur chaque exemplaire vendu => moralité, l’écrivain écrit par PASSION et non par vénalité / soif de reconnaissance ;
  • L’éditeur, qui doit assurer la communication, la lecture et sélection des ouvrages, la distribution, la promotion, la mise en page et forme de l’objet final etc. Lorsque la structure est petite et qu’elle ne peut pas publier de nombreux ouvrages à chaque rentrée, c’est très dur de survivre => Moralité, l’éditeur fait ce métier par PASSION et non par vénalité / soif de reconnaissance.
  • Le lecteur, qui se doit de débourser 15, 18 voire plus de 20 euros pour s’offrir quelques heures d’évasion littéraire. C’est très cher et on ne peut lui en vouloir d’attendre que le livre sorte en édition poche pour pouvoir se le procurer (ce scénario n’est valable que pour les livres qui se vendent très bien à la base, donc c’est une spirale autodestructrice) => Moralité, le lecteur doit pouvoir se permettre de financer sa PASSION.

Au milieu de tout ça, on garde en tête que le libraire gagne 30 à 35% du montant de chaque livre vendu, qu’il ne paye l’éditeur que lorsque lui-même a vendu ses exemplaires, et qu’il peut renvoyer les invendus à l’éditeur.

On pourrait penser qu’il est bien loti. Que nenni ! les charges (structure, loyer, salariés etc.) sont suffisamment importantes pour que cette part de 30 35% s’évapore comme neige au soleil. Et ce qui est problématique, c’est que, quand les librairies vont mal parce qu’elles ne vendent pas, les éditeurs vont mal parce qu’ils ne peuvent plus publier, et les écrivains ne trouvent plus d’éditeurs.

Bref, c’est la galère pour tout le monde.

Sans doute aussi pour les imprimeurs, mais je n’ai pas vraiment d’infos.

Le livre face au numérique

Le livre est rattaché à l’histoire, à la langue, à la culture, au loisir accessible à tous. Il relève d’un secteur économique enrichissant, d’échanges entre de multiples professions, et de rencontres entre diverses PASSIONS.

Le livre est indispensable, et les librairies doivent être soutenus face à l’économie du livre numérique, qui ne pourra jamais remplacer l’objet de papier.

Le livre numérique, c’est :

  • La mort des libraires, et la gloire des plateformes telles Amazon ;
  • Le déclin de nombreuses professions (graphisme, impression…)
  • La fin des rencontres auteur-lecteur : mais oui, viens que je te signe ta tablette Kindle avec mon feutre pour que tu lises mon roman en numérique !
  • Un investissement hors proportions pour le lecteur : certes mettre 20 euros dans un roman c’est beaucoup, mais en mettre entre 8 et 12 dans un roman téléchargé sur Internet, et basculé sur une tablette qu’on a payée plus de 150 Euros, c’est pas beaucoup mieux.

Alors qui doit sauver le livre ?

Et c’est là que le sauvetage des librairies par des personnes lambda me pose un peu problème, dans le principe.

Pourquoi faudrait-il dans ce cas compter sur le citoyen pour sauver quelques structures érigées en symboles ?

Qu’est-ce que fout le Ministère de la Culture ?

Lutter contre Amazon et consorts ne devrait pas être du monde de l’utopie. Alpaguer ce type de firmes quant à leurs méfaits fiscaux et salariaux ne devrait pas être un chemin de croix.

Et le programme mis en avant, sans chiffres, sur le site du Ministère, n’a pas l’air d’être suffisant pour sauver ce qui devrait être accessible à tous.

Or, ne serait-ce que pour prendre en exemple l’Ile de France, on se rend bien compte de l’inégalité territoriale. Pour info, il y a 563 points de vente de livres dans Paris, pour un peu plus de 2 millions d’habitants.

Soutenir le monde du livre – le rôle de qui ?

Tout ça pour dire que le soutien populaire, c’est vachement beau.

Mais quand on en arrive là, c’est quand même très grave.

Que cela ne vous empêche pas de sacrifier l’achat d’un disque ou d’une place de ciné pour participer. Ah mais suis-je bête, eux aussi sont dans la M…. .

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Le Canard se déplume

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