L'ATTRACTION DU VIDE, une bombe littéraire?

Publié le 27 Mars 2015

Voici le nouveau billet de Pierre Niocel, qui fait un retour sur une lecture vraiment d'actualité, juste après le Salon du Livre et les débats sur les difficultés d'être un écrivain, que j'ai déjà évoqués.

Un livre qui a l'air sombre, réaliste, mais passionnant et très instructif...

Il paraît qu'écrire sur soi, sa profession, son milieu, est un exercice périlleux. C'est pourtant ce à quoi s'est risqué Bertrand Latour en écrivant "L'attraction du vide". Cet ouvrage brosse le portrait croisé de deux auteurs que tout oppose.

Vincent Marchal, génie incompris, vivote dans une Nice peuplée de nouveaux riches, petits malfrats et filles légères, contemplant sa lente descente aux enfers. Couple à la dérive, manuscrits retoqués, appels téléphoniques de Pôle Emploi, rares invitations chez des connaissances inintéressantes, le concierge de l'immeuble pour seul véritable ami, tel est son quotidien.

Xavier Courtils, monté à Paris au seuil de la vingtaine pour s'y faire une place, s'est rapidement constitué une situation confortable d'auteur à succès et de critique écouté. Dîners en vile, mas en Provence, interviews dans les "Inrocks", dédicaces à la FNAC toujours combles, agrémentent son existence. L'homme est un quinquagénaire heureux. Fortune faite et médias en poche, il ne lui reste qu'à décrocher le prix Renaudot.

L'ATTRACTION DU VIDE, une bombe littéraire?

Une succession de rencontres et d'événements improbables vont amener ces deux hommes à se rencontrer malgré la distance et des conditions très différentes. Il s'ensuit des péripéties qui bouleverseront leur existence et leurs certitudes.

Le texte, savant mélange de longues descriptions et de flash-backs, est particulièrement bien écrit. On se figure sans peine les pérégrinations niçoises de Vincent Marchal ou les moments de doute de Xavier Courtils, et le rythme du roman le rend difficile à reposer.

Plus que l'intrigue elle-même, ce livre aborde un sujet rarement traité en littérature: l'envers du décor de l'univers de l'édition – et plus généralement de la culture. Le "microcosme germanopratin" y est dénoncé sans concessions, tantôt comme machine à écarter injustement les écrivains talentueux, tantôt comme une fosse aux lions où quiconque s'écarte de la doxa est immanquablement dévoré.

Outre un réel plaisir de le lire, ce roman donne à réfléchir sur les systèmes et, plus généralement, sur la vie. La circonstance qu'un aussi bon livre n'ait fait l'objet d'aucune promotion particulière ne donne que plus de sens au message qu'il véhicule. On ne saurait en tout cas qu'en recommander la lecture.

Rédigé par t-as-vu-ma-plume

Publié dans #Cercles de culture, #Compagnons de route

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